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Gestion & Administration du Cabinet

Exercer en libéral, diversifier sa pratique et rester centré sur la clinique

Par franeilla.yonie8 min de lecture
Exercer en libéral, diversifier sa pratique et rester centré sur la clinique

S’installer en libéral ne consiste pas seulement à recevoir des patients


Il faut aussi gérer son cabinet, sa comptabilité, sa facturation, trouver un équilibre économique, choisir ses outils, développer sa patientèle et parfois diversifier son activité. Tout cela sans perdre de vue ce qui constitue le cœur du métier : la clinique et l’accompagnement des patients.

Lors de notre séance d’intervision Mercipsy du 31 août 2026, plusieurs psychologues aux parcours très différents ont échangé autour de ces questions. Une discussion particulièrement riche, entre réalités très concrètes du cabinet et réflexions cliniques.


Le cabinet libéral : une liberté qui s’accompagne de contraintes

La gestion du cabinet requière différentes compétences. Pour les professionnels qui envisagent de s’installer, l’activité libérale peut être attirante par la liberté qu’elle procure. Et c'est le cas !

Mais cette liberté s’accompagne aussi de tâches qui n’existent pas, ou beaucoup moins, au niveau institutionnel : facturation, comptabilité, suivi des paiements, organisation des rendez-vous, déclarations administratives (impôts, Urssaf). Toutes ces petites tâches finissent par représenter 2h/semaine, soit 3 semaines/an !

Le travail administratif est d’ailleurs un métier en lui-même. C’est parfois l’un des principaux freins à une future installation et ça se comprend. C’est aussi une expérience partagée par de nombreux psys déjà installés : lorsque votre patientèle augmente, les outils bricolés au démarrage montrent rapidement leurs limites. "Un tableau Excel et quelques documents Word peuvent convenir qu'avec peu de patients", avoue Gina. La question n’est donc pas uniquement de savoir comment effectuer chacune de ces tâches. Il faut aussi se demander : combien de temps avons-nous à consacrer chaque semaine à l’administration de notre cabinet ? 10 min ou 2h ?

C’est précisément l’un des constats à l’origine de Mercipsy (été 2025) : automatiser autant que possible la gestion quotidienne pour permettre aux psys de consacrer davantage de temps à leur pratique, ou au repos !


Mon soutien psy : entre accès aux soins et contraintes de terrain

Le dispositif Mon soutien psy a également occupé une partie importante des échanges. L’un des psys présents a partagé son expérience personnelle du dispositif. Son retour est contrasté. D’un côté, Mon soutien psy lui a permis de rencontrer une patientèle qu’il côtoyait auparavant beaucoup moins et de découvrir de nouvelles réalités sociales. De l’autre, il décrit une expérience plus difficile sur le plan professionnel : charge administrative, gestion périphérique des patients, rendez-vous manqués et sentiment que la rémunération ne correspond pas toujours au temps réellement consacré à l'accompagnement. Son témoignage a surtout ouvert une question plus large : comment intégrer un dispositif institutionnel dans une pratique libérale tout en conservant son cadre clinique ?

Pour certains psys, l’intégration dans un dispositif conventionné peut être un moyen de faciliter l’accès à la psychologie et de développer une patientèle. Pour d’autres, le cadre proposé correspond moins à leur manière de travailler ou à leur modèle économique. Ces différences rappellent surtout qu’il n’existe pas une seule façon d’exercer en libéral.


Combien de séances un psy peut-il honorer par semaine ?

Cette question économique a naturellement amené les participants à parler de diversification. Combien de patients pouvez-vous recevoir chaque semaine tout en restant pleinement disponible pendant vos séances ? Pour plusieurs participants, enchaîner 20 ou 25 consultations par semaine représente déjà une charge clinique importante.

L’enjeu n’est donc pas nécessairement de remplir chaque heure disponible de consultations. Une autre stratégie consiste à construire progressivement plusieurs activités complémentaires : formation, intervention en institution, enseignement, animation de groupes, supervision, projets auprès d’écoles ou d'organisations…

Un psy présent expliquait ainsi avoir choisi de devenir également formateur afin de ne pas faire reposer l’ensemble de son activité professionnelle sur les consultations individuelles. Une autre participante évoquait son souhait de travailler notamment auprès d’artistes et de musiciens. Cette diversification peut avoir un intérêt économique, mais également clinique : elle permet de varier les publics, les cadres d’intervention et les formes d’accompagnement. Quel équilibre souhaitez-vous entre consultations, projets professionnels et temps personnel ? La rentabilité d’un cabinet ne se résume pas au nombre de séances réalisées.


Présentiel ou téléconsultation : deux cadres différents

La place de la téléconsultation a également suscité des échanges. Certains participants privilégient nettement la rencontre en cabinet. Pour eux, la présence physique reste une composante importante de la relation thérapeutique. D’autres intègrent davantage la visio à leur pratique. L’expérience de la Covid a évidemment joué un rôle important dans cette évolution. Plusieurs professionnels ont découvert à cette occasion qu’un accompagnement à distance pouvait conserver un intérêt clinique tout en apportant davantage de souplesse au patient comme au thérapeute.

Mais toutes les pratiques ne se transposent pas de la même manière. Marie, une psy présente évoquait la pratique de l’EMDR à distance et la nécessité d’adapter certaines modalités techniques. La qualité de la connexion devient alors elle-même un élément du cadre : une coupure au milieu d’une séance émotionnellement intense n’a évidemment pas les mêmes conséquences qu’une interruption lors d’un échange plus classique.

La question n’est donc probablement pas de choisir définitivement entre présentiel et visio. Elle consiste plutôt à déterminer pour quels patients, quelles pratiques et quelles situations chaque modalité est pertinente.


Savoir orienter plutôt que vouloir tout prendre en charge

Un autre thème a traversé une grande partie de l’intervision : celui de l’orientation : Hypnose, EMDR, thérapie de couple, approches intégratives, psychanalyse… Les professionnels présents disposent de compétences et d’approches différentes. Et c’est justement cette diversité qui est une force. Lorsqu’une demande dépasse notre champ de compétence ou correspond davantage à la pratique d’un confrère ou d’une consœur, orienter le patient ne constitue pas un échec. C’est parfois précisément l’inverse.

Elodie résumait ainsi sa démarche : lorsqu’elle estime ne pas disposer de toutes les compétences nécessaires sur une problématique, elle préfère l’expliquer au patient et rechercher avec lui un professionnel plus adapté. Cette logique suppose toutefois de disposer d’un réseau.

C’est également l’une des ambitions du réseau Mercipsy : permettre aux professionnels de mieux se connaître et de faciliter l’orientation des patients vers des praticiens dont les compétences correspondent à leur demande.


Cas clinique 1

La deuxième partie de l’intervision a permis de revenir à la clinique avec plusieurs situations concrètes. La première concernait une patiente suivie depuis plus d’un an. Lors d’une séance, elle arrive extrêmement bouleversée. En regardant une vidéo pornographique, elle affirme avoir reconnu son compagnon. La situation provoque chez elle un véritable choc. Face à une situation aussi brutale, plusieurs questions ont émergé collectivement. La première consiste à distinguer les faits de l’interprétation. Est-ce réellement son compagnon ? Quels éléments permettent à la patiente de l’affirmer ? A-t-elle pu échanger avec lui ? Que lui a-t-il répondu ?

Mais très rapidement, les échanges dépassent cette seule question factuelle. Car même lorsque la réalité de l’événement est établie, il reste à comprendre ce que cette découverte vient provoquer chez la patiente. Est-ce (de) l’infidélité ? Le fait de découvrir une facette inconnue de son compagnon ?Le caractère visuel de la découverte ? Le fait que cette vidéo puisse être accessible sur Internet ? Ou cette situation vient-elle cristalliser des difficultés qui existaient déjà dans le couple ?

Les participants ont également interrogé la posture du psychologue dans les premières séances suivant un événement aussi déstabilisant. Faut-il immédiatement chercher à élaborer ? Rassurer ? Une piste partagée pendant la séance d’intervision consistait plutôt à commencer par accueillir ce qui se passe : permettre à la patiente de verbaliser ses émotions, comprendre ce que l’événement représente pour elle et lui redonner progressivement une capacité de choix. Le rôle du psy est de l’accompagner pour qu’elle puisse progressivement déterminer ce qu’elle souhaite faire de cette relation.


Cas clinique 2

Un second cas concernait un jeune patient de 19 ans présentant notamment des difficultés à développer ses réponses et à élaborer verbalement autour de son vécu. Les questions classiques produisent peu de matière. Comment travailler lorsque le langage habituellement utilisé en entretien semble ne pas permettre au patient d’exprimer ce qu’il vit ? Plusieurs pistes de médiation ont été évoquées : Le dessin, les objets, la musique ou encore les centres d’intérêt du patient peuvent devenir des supports permettant de déplacer la conversation. La guitare occupait par exemple une place importante dans la vie de ce jeune.

Plutôt que de chercher immédiatement à lui faire verbaliser ses émotions, on peut partir des artistes qu’il écoute, des morceaux qu’il aime ou de ce que représente cet instrument pour lui. Aurélien a rappelé un point essentiel : la médiation doit rester au service d’un objectif thérapeutique. Pourquoi utilise-t-on ce support ? Cherche-t-on à travailler l’autonomie ? La communication ? La compréhension des émotions ? La relation ? Le support n’est pas une finalité.

Il devient un moyen d’entrer dans le langage et l’univers du patient. Cette discussion a ainsi fait émerger une idée simple mais importante : parfois, ce n’est pas au patient de s’adapter à notre manière de questionner. C’est aussi au thérapeute d’apprendre à parler son langage.


La séance d’intervision fait sortir de l’isolement du cabinet

Ces échanges illustrent finalement l’intérêt de ces séance d’intervision. Le cabinet libéral offre une grande autonomie, mais cette autonomie peut aussi devenir une forme d’isolement. Face à une situation clinique inhabituelle, à une difficulté administrative ou simplement à une interrogation sur sa manière de travailler, on est souvent seul à décider. Échanger avec d’autres professionnels ne signifie pas rechercher une réponse unique. L’intérêt réside justement dans la confrontation des regards. Au cours de cette séance, les participants avaient des âges, des parcours, des orientations théoriques et des modes d’exercice très différents. Certains travaillent en libéral, d’autres en institution (avec la volonté de s’installer à l’avenir peut-être). Certains privilégient le présentiel, d’autres utilisent davantage la visio. Certains s'inscrivent dans une approche intégrative quand d'autres ont une histoire professionnelle fortement liée à la psychanalyse. Cette diversité ne constitue pas un obstacle. Elle constitue la richesse du groupe.


En conclusion, comme l’a résumé Gaston, un participant : « On ne peut que s’enrichir de la pratique des autres et des différentes modalités de pratique. »

C’est aussi la philosophie des intervisions Mercipsy : créer un espace dans lequel les professionnels peuvent partager leurs situations, leurs interrogations et leurs expériences, sans chercher à uniformiser leurs pratiques. Parce qu’exercer comme psychologue ne signifie pas seulement accompagner ses patients. Cela signifie aussi continuer à questionner sa pratique, apprendre des autres.

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